Mon immigration vers Israël

Nos motivations

 

Ayant vécu l'essentiel de ma vie à Paris, en passant par ses quartiers populaires, ses beaux quartiers, ses écoles réputées; ayant apprécié la culture française et ses grands hommes, ayant eu le plaisir de travailler avec de grands professionnels, que pouvais-je donc chercher ailleurs qu'à cet endroit qui m'a vu naître ? Et pourquoi Israel ?

Avant mon arrivée en Israel, je n'avais aucun lien qui pouvait justifier que le projet puisse même exister. Certes, et ce n'est pas rien, 7 membres de ma famille ont été déportées à Auschwitz, convois 74 et 75. Ils étaient âgés de 5 à 69 ans, 4 d'entre eux ont été gazés à leur arrivée, les autres sont miraculeusement revenus, d'un chemin qui les a aussi amenés à Dachau, Therezinstadt, Buchenwald, Bergen-Belsen, Dresde, Pirna, ... Mais cette tragédie ne constituait pas pour moi la motivation d'une émigration vers Israel.

Je n'avais par ailleurs, aucun lien avec ce pays, ni famille, ni lien culturel, ni lien religieux. J'avais donc pour unique information provenant de ce pays, les images diffusées par les médias. Néanmoins, l'histoire d'Israel, l'histoire du peuple Juif, attiraient ma curiosité. Quel est ce pays ? Quelle est sa réalité ? Quels sont les liens entre les différents peuples, Druze, Juif, Arabe, ... vivant dans ce pays ? Qu'est ce qu'un peuple ? Voici les énigmes qui ont participé à ma décision. Le temps ayant passé, j'ai le sentiment d'avoir été en partie guidé vers ce choix.

 

Les premiers mois

 

Quels que soient les aspects spirituels qui peuvent animer les candidats à l'immigration en Israel, difficile d'arriver dans ce pays sans profiter de ses composants estivales, des plages, et d'une géographie exceptionnelle pour les touristes. En un mot, nos premiers mois furent ceux de touristes pour lesquels l'été dure 8 mois. Nous avons donc vécu à Netanya, où la communauté française est très présente, puis à Herzliya Pituah, dont l'atmosphère peut ressembler à celle des villes californiennes. Si l'ambiance est absolument idéale pour une entrée en matière, il nous semblait plus opportun, d'aller un peu plus vers les racines du pays, dans sa diversité. Nous avons donc exploré le pays. Mais durant l'été, l'actualité prend le dessus, Israel et le Liban sont en conflit, le Nord du pays reçoit des roquettes, une partie des habitants quittent leur habitation pour trouver refuge plus au Sud. En accueillant l'une de ces familles, nous faisons la rencontre d'une famille venant d'Argentine, le père est aide-cuisinier, la mère est aide à domicile, le fils se lance dans la photographie. Leur optimisme reste dans ma mémoire. Ils font désormais partie de notre famille. Très orienté vers le monde de l'éducation, et disposant de moyens financiers suffisants, nous avons décidé de participer à la rénovation d'écoles, de jardins d'enfants. Nous avons rencontré des responsables de l'éducation nationale qui nous orientés vers les sites adéquats. Si bien que nous avons pris en charge la rénovation d'une école dans un quartier où la population venue d'Ethiopie est très présente, et souvent en prise avec des difficultés financières. Cette action fut la première d'une action plus générale que nous menons dans le pays, parmi elles, bien sûr, nous réalisons des actions culturelles, des concerts, des spectacles, à objet caritatif. Souhaitant découvrir le pays, également par ceux qui l'ont fait, nous avons pris notre baton de pélerin pour les écouter et récoler leurs témoignages.

 

La rencontre avec le peuple

 

Notre Alyah, notre venue en Israel, devait bien sûr s'accompagner d'une intégration au peuple. La voix traditionnelle de cette intégration est le passage de chaque immigrant dans un centre d'intégration incluant vie en groupe et cours d'hébreu. Ainsi, même si la population israélienne est très diverse, elle a un socle fondateur commun, elle n'est pas uniquement une addition d'individus parlant la même langue et ayant les mêmes droits; elle se reconnaît dans un destin largement partagé, celui d'un peuple qui dépasse ses divisions, surtout quant il affronte l'adversité. L'intégration des immigrants au moyen de ce long stage en structures dédiées à cela, est utile pour tout le monde, pour les immigrants et pour la Nation. Pour autant, elle n'est pas obligatoire, elle est fortement conseillée.

Dans notre cas, nous avons choisi d'apprendre la langue par nous mêmes, et d'aller à la rencontre des gens, pour comprendre l'histoire du pays. Nous sommes allés dans différents Kibboutzim, comme celui d'Almog, proche de la Mer Morte, ou encore celui de Tzuba, proche de Jérusalem. Chacun nous a raconté périple qu'ils ont vécu, leur arrivée au pays, les mains vides, ou uniquement chargé d'une valise et de leur responsabilité familiale. Beaucoup d'entre eux nous ont dit qu'ils était prêts à risquer leur vie, à casser des cailloux une vie durant, pour venir construire le pays. La rencontre avec ces gens a construit en moi, une certaine image, qui a compté pour la suite de mon aventure.

 

L'activité musicale

 

En 2008, installés à Zichron Yaacov, ville bordée d'un parc magnifique, et vivant dans l'atmosphère provençale, je mets en place des activités musicales tournées bien sûr autour du piano. Je réalise un ensemble de concerts, et pars à la rencontre du public. Les mélomanes sont bien sûr d'origines diverses, mais on peut quand même dire que le monde musical est prioritairement peuplé de russes, ayant quitté l'URSS lorsque celle-ci termina son existence. Les israéliens d'origine russe sont souvent très sensibles à la musique classique, à la danse, et disposent aussi d'une culture populaire (chansons ...) très fournie.

J'ai donc mis en place des concerts classiques, mais aussi des concerts à thèmes, avec des répertoires russe, français, américain, ... Dans le même temps, j'ai mis en place le service de cours de piano par internet, avec séances webcam et formation par fichiers vidéos.

 

La réalité du pays

 

Comme je le dis souvent aux personnes intéressées par Israel : "Si vous voulez connaître la réalité du pays, écoutez la télévision en négatif, vous serez plus proche de la vérité".

Je vis dans une région où vivent Juifs, Musulmans, Chrétiens, ..., et il n'y a pas de souci. Il n'y a ni tag sur les murs, ni profanation de cimetières, ni attentat, ni difficulté relationnelle. L'Hymne National n'est pas sifflé ni par celui-ci , ni par celle-là. Certes, il y a toujours un certain nombre de personnes, de tous bords, qui n'apprécient les habitants de l'autre rive, mais cela est minoritaire. Du reste, même lors des conflits récents, nous n'avons pas perçu, ni dans la rue, ni chez les commerçants, ni dans les administrations, une quelconque variation de nos relations avec les Arabes. La situation n'est pas la même dans chaque coin d'Israel, mais c'est en tout cas la réalité de notre région.

A mon grand étonnement, j'ai découvert, notamment par l'activité musicale sur Internet, que le nombre d'amis d'Israel est grand de part le monde, même au sein de pays inattendus comme l'Iran ou le Liban, ... J'en profite, pour remercier, ceux qui dans ces pays, ou en France, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, au Danemark, en Belgique, en Allemagne, en Italie, en Argentique, au Mexique, ..., m'adressent leurs encouragements et leur soutien.

 

Israel est donc difficile à résumer; comme souvent, la réalité est à vivre et ne peut être présentée par un reportage télévisé.
Mon ambition n'est pas de chercher une image objective du pays, pour peu que l'idée ait même un sens,
mon souhait se limite à vous raconter l'Israel que nous vivons, c'est-à-dire ..... Notre Israel.

Elie Drai